Une bombe à retardement à Ngoa-Ekelle

Les branchements électriques anarchiques se multiplient dans ce quartier estudiantin, exposant les habitants aux incendies et aux électrocutions. À cause de la promiscuité et de la pauvreté, les résidents sont contraints de recourir à des pratiques dangereuses pour avoir l’énergie électrique dans leurs domiciles.
« Je n’ai pas les moyens pour payer les factures d’Eneo chaque mois », déclare Cédric, étudiant, habitant le quartier Ngoa-Ekelle au lieu-dit « École des Postes ». « Mieux je branche moi-même, ou alors je donne 500 Fcfa à mon voisin il branche. C’est lui qui nous aide souvent, quand on vient nous couper lorsqu’on n’a pas payé », poursuit-il. La prolifération des branchements électriques anarchiques constitue une menace sérieuse pour la sécurité des habitants. Alors que la demande en électricité ne cesse d’augmenter, les installations non conformes mettent la vie des habitants en danger. « Quand il pleut, je suis obligé de porter des babouches, et de rester dans mon lit, en évitant de toucher les murs, car j’ai peur d’être électrocutée. J’ai peur de la mort », explique Marie, étudiante.
Dans les quartiers comme École des Postes et Bonas, la promiscuité est élevée à cause de la proximité à l’université. Cette croissance démographique a entraîné une augmentation rapide des besoins en énergie. En conséquence, de nombreux habitants recourent à des branchements clandestins pour avoir accès à l’électricité. « Le courant de l’École des postes est un très mauvais courant. Nous n’avons pas de compteur électrique et ce courant a grillé mes appareils au moins 8 fois. Quand le voisin branche un appareil lourd, le courant se coupe, et toute la cité reste dans le noir. Des fois à une certaine heure de la nuit, les prises commencent à faire des bruits comme si ça va prendre feu. Nous vivons ici en fonction de nos moyens », explique Gérard, habitant de l’École des Postes.
Barons de la fraude
Les branchements électriques anarchiques présentent plusieurs dangers comme les incendies, causées par les câbles non isolés, souvent exposés sans le respect des normes de sécurité ; l’électrocution, en raison de la mauvaise qualité des installations ; et les pannes électriques, ce qui provoque des coupures fréquentes qui affectent non seulement les ménages, mais aussi les petites entreprises locales. Les branchements anarchiques dans ces quartiers sont très nombreux. Dans ce quartier estudiantin de la ville de Yaoundé, en moyenne deux chambres par an vont en fumée à cause de mauvais branchement électrique.
Suite à la campagne lancée depuis 2 ans, le rapport du suivi d’Eneo indique 427 barons de la fraude entre les mains de la police en 2021. Un chiffre en hausse par rapport à l’année 2020 (367 sujets fraudeurs, mis à la disposition de la justice) selon l’entreprise. Selon la concessionnaire d’énergie au Cameroun : « C’est largement plus du budget d’investissement d’Eneo pour 2020 (45,7 milliards), couvrant les besoins dans la production, la distribution, le commercial, et autres. C’est aussi l’équivalent d’au moins deux centrales solaires de 25 mégawatts, ou du raccordement au réseau électrique de plusieurs centaines de localités, ou encore plus d’1.800 000 nouveaux compteurs prépayés ».
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