Dans l’amphi des disciples de Bacchus

Entre snack-bar, cabarets et boîtes de nuit, la prolifération des débits de boisson, source de nuisances sonores dans ce quartier estudiantin, est une grande incohérence aux yeux des étudiants et des populations qui expriment leur ras le bol.
Si proche du savoir, encore plus proche des bars. Au moins 70 débits de boissons écument les pourtours de l’université de Yaoundé 1. Le quartier Ngoa-Ekelle dans l’arrondissement de Yaoundé 3, historiquement dédié aux étudiants et aux cités universitaires, a connu ces dernières années, une transformation rapide de son environnement avec l’apparition d’une foultitude de snacks bars. Ces établissements ouverts jusqu’à pas d’heure, attirent une grande clientèle principalement composée de jeunes, étudiants mais aussi d’habitants des quartiers environnants. En cause, la libéralisation des activités économiques longtemps souhaitée par les nationaux qui a été effective dans les années 90 avec les lois sur les libertés.
Désormais, plus question d’attendre de longs mois pour décrocher une licence d’exploitation d’un bar. Et dans le récapitulé que vous devez lire au préfectoral, il est clairement dit qu’un débit de boisson doit être distant d’un autre d’au moins 500 mètres et que ledit commerce ne doit pas s’exercer à côté d’un établissement scolaire, estudiantin ou d’un hôpital. Dans le voisinage de l’université de Yaoundé 1 et ses grandes écoles, la réglementation est foulée au pied. La preuve, des repères d’exploitation de débits de bois sont abondant et bienvenue la vie de débauche.
Manne financière
Alors que certains étudiants trouvent dans ces snacks bars, un lieu de détente et de socialisation après des journées de cours chargées, d’autres y voient une menace directe à leur réussite académique. « C’est difficile de se concentrer pour réviser lorsque les basses des enceintes résonnent dans nos chambres toute la nuit, et cela m’a donné des insomnies pour la plupart du temps. Je me retrouve parfois entrain de dormir en classe, parce que je n’ai pas pu dormir la nuit à cause de ces bruits », se plaint Rosine, une étudiante en physique qui vit dans un immeuble proche de l’un de ces bars.
Les étudiants, pour la plupart locataires, se trouvent dans une position délicate. Déplacer leur lieu de résidence n’est pas toujours une option viable, et le dialogue avec les propriétaires des snacks bars s’avère être très compliqué. « Vendre dans ce quartier est mieux qu’ailleurs car ici on a plus de clients tous les jours, la marchandise passe bien, parce que les étudiants aiment bien l’ambiance », fait savoir Lydie, serveuse dans un bar.
Derrière cette problématique, se cache également une réalité économique. Les snacks bars prospèrent dans ce quartier grâce à la forte concentration de jeunes, créant ainsi un cercle vicieux où l’offre alimente la demande, et vice versa. Les commerçants locaux profitent de cette manne financière, souvent au détriment de la tranquillité publique. « Je vends mon snack est rempli, de fois même plus de place pour les autres », explique Natacha, responsable d’un snack bar. « Il y a des jours comme les week-ends où je rentre de fois avec 200mille franc. J’ouvre à 18h et je ferme le lendemain à 8h, c’est comme ça tous les jours », poursuit-elle.
Dynamique nouvelle
Cependant, tout le monde ne partage pas cette vision pessimiste. Pour certains, ces bars apportent une dynamique nouvelle au quartier, en rompant avec l’image d’un environnement strictement académique. « Je pense que c’est aussi une forme de modernité. Les étudiants ne peuvent pas passer tout leur temps à étudier. Ils ont besoin de se divertir », soutient Alain, un étudiant en Lettres.
Alors que l’année académique pointe du nez, les étudiants de Ngoa-Ekelle espèrent que des mesures seront prises pour atténuer les nuisances sonores qui perturbent leur quotidien. La question reste de savoir si l’équilibre entre vie nocturne et tranquillité pourra un jour être atteint dans ce quartier en pleine mutation. « Moi j’ai prévu déménager dans 2 mois, car ce quartier m’empêche d’être concentré sur mes études. Pour bien dormir c’est seulement en journée, car la nuit il y a trop de bruits, et les bandits profitent de ces bruits, pour cambrioler les chambres. Nous ne sommes vraiment pas en sécurité dans ce quartier », explique Gérard, habitant du quartier.
La situation à Ngoa-Ekelle met en lumière un conflit d’intérêts entre la croissance économique locale et le bien-être des étudiants qui y résident. D’un côté, les snacks bars contribuent à l’animation et à la modernisation du quartier, en offrant des lieux de détente. De l’autre, les nuisances sonores qu’ils génèrent compromettent sérieusement le cadre propice aux études, affectant ainsi la performance académique des étudiants.
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