Toute une vie dans la médecine traditionnelle

Dans des rues animées de Yaoundé, un vendeur ambulant de remèdes traditionnels perpétue un savoir-faire ancien. Avec son panier d’écorces, et de racines, Aboubakar Issa offre des solutions naturelles aux maux de santé.
Aboubakar Issa, quadragénaire, originaire de la région du Nord, vêtu d’un pantalon coloré et d’une chemise ample, légèrement usée par les années de travail sous le soleil brûlant. Il porte un large chapeau de paille qui le protège des rayons ardents du soleil. Son visage est marqué par le temps, avec des rides profondes qui témoignent de son expérience et de sa sagesse. « Ça fait pratiquement 8 ans que j’exerce ce métier afin de subvenir aux besoins de ma famille. Depuis tout petit, je voulais faire la médecine, mais mes parents n’avaient pas assez de moyens pour m’envoyer à l’école, j’ai dû arrêter après les études primaires. Et mon père étant un soignant de l’indigène, a décidé de m’apprendre ce métier, que j’exerce aujourd’hui », explique-t-il.
Il transporte un grand panier tressé à la main, rempli de bouteilles cassables et en plastiques de tailles variées, chacune contenant un mélange mystérieux d’écorces et de racines, fanant dans des liquides de différentes teintes, allant du brun profond au vert émeraude. Les bouteilles sont soigneusement disposées dans le panier, en ordre décrivant les maux qu’elles sont censées guérir. « Je mélange plusieurs écorces que je mets dans les bouteilles. J’ai également des racines, et la poudre, selon les besoins des clients. Ces écorces sont bien conservées dans ces bouteilles. C’est quand le client achète qu’il ajoute de l’eau étant chez lui, pour la consommation. Ces différents médicaments soignent la typhoïde, le palu, le mal de ventre, la jaunisse… C’est également pour le nettoyage, et contre le poison », fait-il savoir.
Il frappe tout doucement sur une bouteille cassable, vantant les vertus de ses remèdes. « Parfois je peux marcher tous les jours sous le soleil et ne vendre que 2 ou 3 bouteilles. Je commence la marche à 6 heures et je rentre généralement à 20 heures. C’est vraiment pénible mais je n’ai pas le choix, je n’ai pas un autre boulot à part celui-ci. Il y a également les jours où j’ai la chance de vendre beaucoup, 5 à 6 bouteilles et ces jours, je suis souvent en joie. Les prix varient entre 1000, 1500, 2000Fcfa et 2500Fcfa. Mais quand un client veut un remède de 500Fcfa, je peux lui faire le prix », explique Aboubakar.
Les gens l’approchent avec confiance, cherchant des solutions naturelles à leurs problèmes de santé, convaincus par son discours empreint de sagesse. Lorsqu’il s’arrête pour faire une vente, il sort délicatement une bouteille du panier, expliquant avec soin comment utiliser le remède, et ce que ce remède soigne. « Je viens aussi acheter pour essayer si ça pourrait soigner la maladie dont je souffre, car j’ai un ami qui s’est fait soigner grâce à ces remèdes, il me les a conseillés, donc je vais aussi essayer on ne sait jamais », explique Raymond, un client rencontré devant le naturopathe.
Ce vendeur ambulant incarne la fusion entre tradition et modernité dans une ville en constante évolution. À travers ses remèdes ancestraux, il rappelle l’importance de préserver les savoirs traditionnels dans un monde où la modernité tend parfois à les faire disparaître. Son rôle dépasse celui d’un simple commerçant, il est le gardien d’un héritage précieux, profondément ancré dans la culture et les croyances de son peuple.
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